dimanche 15 mai 2011

Dans l’instant (1)


Je ne suis pas très citation. En règle générale, je me méfie même des gens qui citent à tort et à travers. Vous me direz, j'ai aussi des problèmes avec les gens qui ont toujours un parapluie sur eux, avec le poste de « directeur des ressources humaines », avec les optimistes extrémistes...
Cependant, j'ai mes petites phrases comme tout le monde...
Surtout une : « Il est des vents qui ne se perçoivent que lorsqu'ils soufflent. Leur frais est enfant de l'instant et leur musicalité a vite fait de se diluer dans le bruit du monde.»

Une dizaine de mètres, une foule d’ombres inconnues nous séparent, mais je perçois son souffle.
Il est tout de noir, noblement galbé dans un costume bien coupé qui dessine ses lignes pleines.
Il porte dans toute sa personne, dans une toilette simple, dans sa posture élancée, dans ses gestes rares, quelque chose d’ardent.

La sonnerie du Grand Théâtre retentie et m’extirpe de ma foudre.
La foule, elle, se déplace et se disperse dans les étages confinés.
Un dernier regard sur lui avant de rejoindre ma place à mon tour.

Mais ?!
Il reste là, face à moi.
Il me fixe maintenant.

Je me sens alors embarquée dans un vaisseau qui sera tantôt balloté par la houle, tantôt bercé par la bonace. Je ne sais plus où je suis, ce que je suis venue faire dans ce grand hall à la moquette rouge désertée.
J’implore d’une petite voix les anges dorés qui peuplent le plafond baroque de la pièce : « Pourriez-vous m’aider ? » Les petits anges se détournent de moi et se contentent d’échanger des sourires entre eux. Quelle bande de plâtre !

C’est alors qu’une voix grave, douce, magnétique, semblant donner la réplique à un personnage de feuilleton égyptien, dit:
-       « I have a deal for you »

Il n’avait pas bougé. Ses mots avaient bien été orientés dans ma direction, mais ils ricochaient sur toutes les faces de la pièce, venant bourdonner à l'une de mes oreilles qui n’en croyait pas l’autre.

Un ange se décroche du plafond, passe …et me souffle :
-       « You don’t have a deal for me. I’m your deal. »

Je prends la direction des deux portes battantes donnant sur le parvis du Théâtre.
La nuit était étoilée, la lune juste dans mon dos...




Photo : Kor Photography

lundi 2 mai 2011

A l'ombre sous le soleil

Un des avantages du soleil - on ne le remarque pas assez souvent - c'est qu'il nous permet de vivre à l'ombre. Et donc de découvrir l'ombre, de l'apprécier. Si tout était ombre, nous ne pourrions que l'ignorer.



Vous voyez ce que je vois?
Une ombre si présente, si tactile, que par moments, le soleil aidant, la sueur me monte au front, rien qu'à la regarder.
Cette même ombre m'aère alors que je m'étouffe, me rafraichie alors que j'ai trop chaud. Sensation fraîche d'une caresse solaire, elle est une invitation à rester à l'ombre.

Vous voulez que je me rapproche de vous?
Non.
Je dois vraiment rester tapie dans l'ombre.
Je vous regarde de mes mains et vous caresse de mes yeux. Dans l'ombre.
Si je m'approche de vous, sans même m'en rendre compte, je finirais par attraper une insolation.
Aussi simplement que nous nous mettons à l'ombre pour nous protéger du soleil, je me mettrais à goutter pour me protéger de votre feu. Sans même me toucher, vous réussiriez à m'écraser, me réduire, m'envahir, me déformer, me décolorer et me brûler.

Déjà dans l'ombre, à vous regarder, je me mets en cendres.
Mes cheveux embrasés se mettent à danser comme au temps des moissons, mes seins d'airain pointent le ciel pour implorer la pluie.
Fédérée par mon esprit et mes sens, je me laisse totalement fondre, bouche haletante et cuisses fiévreuses. Le scintillement de mes pupilles accélère le mouvement épileptique de mes mains sur mes lèvres sexuées.
Rien en vous n'échappe à mes lumières, tout de moi vous supplie d'éteindre ces flammes qui lèchent ma peau. Eblouie par cette montée de chaleur, je vous supplie de me glacer le sang...
...
Alors qu'en serait-il si je devais me rapprocher de vous ?





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Collection : une photo, un texte. 
Photographie de  Jedi.